Biographie

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LAMINE DIASSE, COUTURIER

La passion jusqu’au bout de l’étoffe

 

Il faut le voir travailler, l’approcher, lui prêter attention pour voir la magie s’opérer et la lumière s’allumer dans les yeux de cet amoureux de la belle étoffe. Lamine Diassé palpe le tissu, y promène la paume de sa main comme pour mettre la matière en confiance. Une discussion inaudible qui préfigure les formes à donner au textile. Ce n’est qu’après que le maître couturier trace les figures géométriques qui vont indiquer au tranchant des ciseaux les formes à découper. « Ce que je fais, c’est de la haute couture », souffle-t-il sans quitter son tissu des yeux. Pas un pan qui déborde. Pas de revers disharmonieux. Pas de pli disgracieux. Un fort souci du détail qui donne à l’ensemble le sourire de la perfection. C’est que Lamine Diassé a ses combats. Il veut porter, presque seul, le fardeau de la promotion de la haute couture sénégalaise. On n’a pas besoin de le pousser à bout pour qu’il se laisse aller à la confidence : « Je tiens à ma réputation, à mon label, c’est pourquoi tout costume qui sort de mes ateliers doit être l’expression de la perfection ».

Le pari de ce jeune Lougatois né un jour de mars 1975 est simple, les gens devraient se pâmer de plaisir devant un costume signé Lamine Diassé comme ils le feraient avec une création de Smalto ou de Hugo Boss. Et, pour cela, il a été à bonne école. Au Sénégal, la formation se fait sur le tas. Le talent peut aider, certes, à faire des merveilles, mais dans le milieu très sélect du costume, il faut s’armer de la science jusqu’aux dents pour satisfaire un public huppé et exigeants.

Un talent reconnu

Lamine Diassé part plus tard en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (AICP). Il rencontre ensuite à Paris Jean-Pierre Houée, expert de l’AICP qui lui apprend la conception du produit, les tracés de base et les secrets de la fabrication française. Ce dernier croit en son talent et le prend sous son aile protectrice. Une formation consolidée au cours de divers stages.

L’approche scientifique est indispensable pour se démarquer des raccourcis qui font légion dans le milieu de la couture au Sénégal. En effet, tracés de base, patronages, gradations (évolution d’une taille par rapport à d’autres) répondent à des normes qui ne s’apprennent pas dans la rue. Encore moins sur le tas. Le costume requiert une très haute technicité. « Ces techniques ne sont pas enseignées en Afrique. C’est pourquoi j’ai dû faire plusieurs voyages et stages en Europe pour les assimiler. Le costume est un habit européen et l’Europe est jaloux de son savoir-faire », explique le jeune créateur.

Armé des outils acquis dans le monde très fermé de la mode française, Lamine Diassé lance son label en 2005 à Dakar. Sa quête de savoir est insatiable. Il passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et le Net pour débusquer les secrets des grands créateurs européens.  Dans un monde informel où l’on se proclame très vite styliste, lui préfère s’imposer avec des méthodes formelles. « Il est extrêmement difficile d’expliquer à mes collègues que le vêtement, c’est de la géométrie, des formules, des fractions ». Cela revient, en effet, à prêcher dans le désert.

Convaincre les autorités

Mais la qualité a un prix. Et, sous nos tropiques, les gens sont plutôt enclins à acheter des costumes contrefaits à un prix modique que de payer 200 000 francs pour un costume dont la qualité n’a rien à envier à ce qui se fait de mieux ailleurs dans le monde. Le rêve de Lamine Diassé est de convaincre nos autorités et d’autres personnalités à vaincre le complexe de l’extérieur et à s’habiller chic à Dakar auprès des jeunes créateurs comme lui. « Nos dirigeants, pas tous heureusement, ont le complexe de s’habiller chez moi, d’aider un jeune qui a préféré la difficulté plutôt que l’immigration » plaide-t-il.

En attendant de faire de Dakar une place forte du vêtement masculin de luxe, il s’enferme dans ses vérités intérieures et travaille, tout le temps, à améliorer ses tracés. Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire, qui exploite les mêmes matières premières que les grandes maisons de couture européennes est, pourtant, une aubaine pour tous ces gens qui dépensent des fortunes à l’étranger pour s’habiller.« Je n’ai pas choisi le costume par hasard », consent-il, « c’est le produit le plus respecté au monde, qui ouvre toutes les portes. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce ».

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