L’art du sur-mesure

Lamine Diasse, couturier-styliste-créateur, méconnu du grand public sénégalais,  n’en jouit pas moins d’autorité auprès de ses compères,  à l’échelle internationale. Le jeune styliste qui se veut de révolutionner son domaine propose du « vrai » made in Sénégal, n’ayant rien à envier aux plus grandes marques internationales.     

  • Par Oumar BA

Le calme règne  dans le décor des  Scat Urbam, où Lamine Diasse, a fini d’élire atelier de couture. La salle d’attente est meublée avec retenue, dans des tons qui dégagent la modestie. « Le voyez-moi » n’est pas, ici, de mise.  Des sachets  contenant des costumes, chemises et autres, s’entassent tout de même, dans la salle d’attente. L’espace s’avère exigu, dans un univers où se côtoient exclusivement des costumes et chemises d’hommes. La machine connectée à l’internet, ère numérique oblige. Peu d’ostentation donc. Légèrement connu dans son pays Lamine Diasse, styliste créateur,  n’en jouit pas moins du respect et de l’admiration de ses compères, à l’échelle internationale.  En atteste les photographies plaquées à même le mur, mettant en valeur les prestations internationales du couturier.

Une trajectoire qui sort de l’ordinaire,  l’a mené d’apprenti  tailleur dans un atelier Dakarois,  à l’une des plus prestigieuses écoles de style couture et mode, en France. Très jeune, Lamine Diassé a appris le métier de tailleur dans le tas. Il est initié chez le maître couturier Laye Diarra, où il fait la connaissance du costume, il avait 17 ans. Il y apprend à mesurer, à tracer, à couper. Après plusieurs années de collaboration sous l’aile protectrice de Laye Diarra, il décide un beau jour,  de voler de ses propres ailes. Une décision interprétée à l’époque, comme « une fuite en avant de quelqu’un qui ne veut pas travailler », se remémore le jeune tailleur,  devenu aujourd’hui, maitre dans son domaine. C’était sans comprendre la véritable ambition du jeunot. Lamine Diasse avait alors 26 ans. Il est né en 1975 à Dakar.

Un parcours certes parsemée d’embuches, mais murement mené, qui commence aujourd’hui à produire les attentes escomptées. Il  préfère faire profil bas, travailler beaucoup, se concentrer sur ses ambitions. Actuellement, il se veut l’incarnation d’une nouvelle élite de tailleur jeune, prête à relever les plus grands défis : « longtemps, j’ai été la risée de quelques-uns. Mais pendant qu’ils étaient tous en train de parler, qu’est-ce que je faisais ? Je posais les fondations de ce qui va sous peu s’imposer comme une évidence », confie-t-il.

Il part en France pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la mode, du stylisme et de l’industrie vestimentaire. Il suit une formation à la Fenaph avec des experts de l’Académie internationale de coupe de Paris (AICP). Au cours de sa formation,  il rencontre Jean-Pierre Houée, expert de l’AICP, qui lui apprend la conception du produit, et les secrets de la fabrication. Ce dernier croit en son talent et l’intègre dans son équipe. Il effectue également, plusieurs stages dans des maisons de couture réputées en France. Cette expérience acquise à bonne école va plus tard servir.

En effet, Lamine Diasse, peut se targuer d’habiller nombre de personnalité au Sénégal, dans la sous-région, mais également au niveau international.  Il réalise des costumes sur-mesure qui n’ont rien à envier aux plus grandes maisons de marques internationales et qui de surcroit sont de prix moindre.

Comme tout entrepreneur bien  avisé, il a bien choisi son entourage. La bonne équipe, les bons partenaires font que tout fonctionne, une bonne  vision nécessite aussi des personnes compétentes pouvant la concrétiser. Lamine Diasse emploie plus d’une dizaine de jeunes tous formés à bonne école, sous son œil vigilant.

« J’ai toujours dû travailler très dur, » explique-t-il. « On me demande : pourquoi faîtes-vous tout ça ? Vous n’y êtes pas forcé, mais je dois le faire, j’ai beaucoup de choses à démontrer. J’aime les défis, c’est dans mon ADN», confie-t-il.

C’est fort de son savoir que le styliste lance son label en 2005. « Dans un premier temps, je ne voulais pas ouvrir un atelier, j’étais plus attiré par la connaissance ». Lamine Diassé passait, en effet, tout son temps entre les livres, qu’il commandait à Paris, et internet pour débusquer les secrets des grands créateurs européens, confie-t-il.

Lamine Diassé Couture (LDC)

Les débuts de l’aventure de Lamine Diassé Couture (LDC),  sa propre marque, ne sont pas des meilleurs. Les gens préfèrent acheter un costume dans le prêt-à-porter à moindre prix, plutôt que d’effectuer une commande, chez lui  à un prix supérieur. Même ceux qui en ont les moyens, optent, le plus souvent, passer leurs commandes à l’étranger, regrette-t-il. «Certains  ont le complexe de s’habiller chez eux.  Pourtant j’ai souvent partagé des podiums de niveau mondial avec les plus grands stylistes », dit  le styliste.

La principale difficulté,  résidait également dans le fait que le costume sur-mesure cible l’élite. « Je n’ai pas choisi le costume par hasard. C’est le produit le plus respecté au monde. Dans la plus grande école de France, il faut payer six millions cinq cent mille francs Cfa pour devenir costumier. Dans les grandes maisons de couture en Europe, ce produit se réalise à 5000 ou 6000 euros la pièce », relève-t-il.

Lamine Diassé qui possède le même savoir-faire et exploite les mêmes matières premières que ces grandes maisons de couture européennes,  n’est pas pour autant convoité comme il sied. Certains commencent, cependant, à s’approvisionner chez lui.  Le couturier  est également aidé par Mansour Dieng,  patron d’Icône magazine bien introduit dans le club sélect des personnalités. « Il a cru en moi et n’a pas hésité à m’encadrer dans ma communication et à me prodiguer des conseils très utiles», explique Lamine Diassé.

Dans ses ambitions le jeune styliste souhaite ouvrir une grande boutique où les Sénégalais pourront acheter ses produits. Mais son rêve est d’ouvrir à Dakar une grande école de mode. « Si j’avais les grands moyens, j’ouvrirais un établissement de mode, une filière française pour permettre à des jeunes de se former et aux professionnels de se perfectionner ». Il en est convaincu, pour révolutionner la mode sénégalaise, « il nous faut de grandes écoles pour enseigner les normes aux stylistes, les fondamentaux de l’industrie vestimentaire, la gestion de la production, les tailles, en d’autres termes les normes conventionnelles du vêtement ».

Le tailleur déplore que l’ensemble des matériaux de confection des costumes provienne de l’Europe. Mêmes les boutons ne sont pas produits ici au grand désarroi du tailleur. Son talent il dit être prêt à le partager avec les jeunes voulant faire carrière dans la haute couture.  Côté prix, Diassé dit varier. Cela dépend de la qualité du tissu et du nombre de pièces commandées, assure-t-il. Quid de la qualité ? Elle est à tous les coups garantie quel que soit par ailleurs le prix casqué, assure le jeune maitre tailleur.

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